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07/01/2026
S’implanter comme commerçant à Bayonne : derrière la vitrine dynamique, un commerce à protéger
Bayonne affiche un dynamisme commercial incontestable. Les chiffres de la Mairie l’attestent et témoignent d’une réelle vitalité économique. Pour autant, derrière cette façade, les commerces du centre-ville subissent une pression incessante pour se maintenir en place et continuer d’exercer.
La spéculation sur les biens locatifs commerciaux nourrit un turnover des commerces indépendants qui fragilise leur activité et pourrait mettre en péril l’image très attractive de la ville. C’est pourquoi il est important d’accompagner les entrepreneurs dans leur initiative afin de se maintenir dans le temps.
Bayonne cultive depuis longtemps son image de ville commerçante. Avec 1 570 établissements commerciaux et artisanaux employant près de 6 000 personnes, le commerce représente un pan essentiel de l’économie locale. Selon les chiffres de la Mairie, le centre-ville, entre les quartiers Saint-Esprit, le Petit Bayonne et le Grand Bayonne, rassemble plus de 900 boutiques actives, dont une écrasante majorité (83,5 %) d’indépendants. Dans un pays comme la France où les enseignes nationales tendent à s’imposer partout, ce particularisme bayonnais témoigne d’un tissu local dense, diversifié qui fait d’ailleurs l’attractivité de la ville comme nous avons pu le constater à l’occasion du « Black Friday ».
Cette vitalité se retrouve aussi dans la démographie. Avec une population en croissance et 60 % des habitants âgés de 15 à 59 ans, Bayonne dispose d’un vivier naturel de consommateurs mais surtout d’entrepreneurs important. La fréquentation confirme l’attrait du centre-ville : 32 000 personnes en moyenne y circulent chaque jour, avec un pic régulier entre 12 h et 14 h. Les touristes participent à cette affluence, générant 2,7 millions de visites annuelles.
Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, derrière ce tableau flatteur, le turnover important des commerces, visible au gré des enseignes qui apparaissent puis disparaissent souvent en quelques mois pose question. Surtout, lorsque l’on y regarde de plus près, on constate que les départs ne sont pas liés à des départs à la retraite mais bien à des fragilités économiques structurelles. En effet, à Bayonne, beaucoup de porteurs de projet se lancent avec enthousiasme, ce qui est le propre de l’entrepreneur, mais parfois, cette euphorie minimise l’importance de l’élaboration d’un business plan suffisamment solide pour durer dans le temps. Qui plus est l’environnement financier complique leur implantation : frilosité des banques, trésoreries limitées, auquel se rajoutent des loyers trop élevés, des mois de caution et droits d’entrée exorbitants impactent lourdement une trésorerie déjà fragile. Autant de barrières au développement d’une activité sereine et surtout pérenne.
Les transactions de baux commerciaux, devenues une manne très lucrative voire un vrai business pour certains propriétaires peu scrupuleux pèsent lourdement sur la viabilité des nouveaux commerces. Un paradoxe, alors même que le taux de vacance du « cœur commerçant » n’est que de 4,4 % soit bien en dessous de la moyenne nationale.
Face à ces dérives, plusieurs pistes sont envisageables pour préserver la diversité commerciale et garantir l’accès à l’entrepreneuriat. La création d’un observatoire local des loyers commerciaux permettrait de suivre l’évolution des prix et d’identifier les pratiques abusives. L’activation du droit de préemption offrirait à la commune un levier pour maintenir des activités adaptées aux zones sensibles du centre historique. Un bail solidaire, couplé à un accompagnement professionnel des porteurs de projet, pourrait encourager des installations durables. Des mesures plus coercitives – comme une taxe sur les locaux vacants ou le refus de changement d’usage – viseraient à décourager la spéculation immobilière. Enfin, dans un objectif d’équilibre des quartiers, il serait également opportun de diversifier les activités des divers commerces dans les différents quartiers. En effet, veiller à un certain équilibre d’activités commerciales par quartier permettrait d’éviter les rues « vidées » de leur clientèle passé 14h par exemple, comme ça peut être le cas avec les différents établissements de restauration le long de la Nive ou des halles. Faciliter l’implantation de commerces emblématiques, disparus ou trop rares (quincailleries, merceries, drogueries…) répondrait aussi à de nouvelles demandes. Ces différentes propositions visent à établir de manière durable l’activité des entrepreneurs dans notre centre-ville.
Bayonne possède un dynamisme commercial réel, envié par de nombreuses villes. Elle ne manque ni d’atouts, ni de commerçants compétents, ni de visiteurs. Mais pour que la vitalité de Bayonne perdure, la lutte contre la spéculation et l’accompagnement des entrepreneurs deviennent indispensables. Préserver la richesse du commerce indépendant, c’est aussi préserver l’âme et l’identité de la ville. Bayonne a tout pour rester un exemple. Continuer une politique active et attractive pour le maintien d’une population diversifiée (façades, mobilité, parkings…) Mais pour que son dynamisme ne soit pas qu’une façade, il faudra protéger ceux qui en sont le cœur : ses commerçants. Sans eux, aucune ville ne peut espérer rester vivante.
Jean Marie Erramuzpe
Trésorier de la direction d'EAJ-PNB, en Pays Basque nord
Chef d’entreprise à Bayonne
Ancien maire et élu de Viellenave de Navarrenx
Article paru dans La Semaine du Pays Basque, n°1661, le vendredi 19 Décembre
La Semaine du Pays Basque 1661. zkian agertua, Abendoaren 19ko Ostiralean
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